Victimes coupables ou innocentes ?

 

Résumé du message donné lors du culte à Gennevilliers le dimanche 16 septembre 2001

Texte biblique : Luc 13 v 1 à 5

Lire aussi : Juges 2 v 6 à 19; Luc 12 v 35 à 59 ; Romains 13 v 1 à 14

Nous sommes tous consternés devant le drame humain qui s'est déroulé devant nos yeux cette semaine.  Nous sommes encore sous le choc et avons de la peine à réaliser qu'un si épouvantable cauchemar puisse être devenu réalité. Dès le 11 septembre, jour des attentats les commentateurs ont plusieurs fois répété que ces actes épouvantables venaient de nous faire passer dans un monde totalement différent. Mais quel monde ?

Parmi les réactions, dont l'énorme majorité exprimait la consternation, l'épouvante et la douleur, quelques voix se sont exprimées dans un sens différent. Ils disaient en substance que l'Amérique récoltait ce qu'elle a semé. Ces voix ne proviennent pas uniquement du monde des islamistes, dans le camp desquels se trouvent vraisemblablement les responsables de ces actes odieux. D'ailleurs, la grande majorité des vrais musulmans ont aussitôt condamné ces actes criminels. Ce dont il faut prendre conscience, c'est que dans le camp des démocraties occidentales il se trouve des voix pour dire que l'arrogance de la nation la plus puissante du monde ne reçoit que ce qu'elle mérite.

Alors, victimes coupables ou innocentes ? Le drame que l'on évoque devant Jésus, dans le passage de Luc 13, concernant les Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs sacrifices va dans le même sens. Jésus, dans sa réponse, associe les 18 victimes de la chute de la tour de Siloé, probablement des handicapés qui attendaient au bord de la piscine, comme nous le relate un autre passage des évangiles.

 

Un acte d'une barbarie provocatrice

Nous ne savons rien des raisons qui ont conduit Pilate à agir de la sorte. Qui étaient ces personnes victimes de cet acte barbare et révoltant ? Pilate, selon ce que nous connaissons de lui par la Bible, était gouverneur, c'est à dire Préfet représentant l'empereur Romain dans la Judée et la Samarie. D'après l'historien Flavius Joseph, Pilate s'était rendu coupable de répressions brutales en Judée et en Samarie. (Voir note sur Pilate dans la toute nouvelle Bible d'études du Semeur sous Luc 3 v. 1.)

 

Quelles  qu'aient été les raisons de cet acte, il ne pouvait que provoquer l'indignation. Les interlocuteurs de Jésus, dont il est question au début de Luc 13 ne semblent pas, cette fois-ci motivés par le désir de mettre Jésus à l'épreuve. Devant l'innommable, il est normal de vouloir chercher des explications.

 

Le rapprochement que Jésus fait avec les victimes de Siloé fait ressortir l'interrogation sur la culpabilité des victimes, qui débouche sur la pensée d'un jugement divin. Le rapprochement entre malheur et culpabilité fait partie des sentiments qui surgissent naturellement.

 

Moi je vous dis : "Si vous ne vous repentez pas…"

Un drame entraînant des morts, qu'il soit provoqué par humains au comportement coupable, ou par un cataclysme naturel, suscite toujours l'interrogation "Pourquoi" ?  Pourquoi est-ce arrivé ? Pourquoi à ceux qui en sont les victimes, ou pourquoi à moi si je suis parmi ceux qui sont touchés ?

 

La réponse de Jésus consiste d'abord à nous dire qu'en tant que personnes, il ne nous appartient pas de trancher et de juger en ce qui concerne la responsabilité ou l'innocence des victimes. Le livre de Job, dans l'ancien Testament montre aussi de manière saisissante que nous ne devons pas tomber dans le piège de cet amalgame.

Jésus nous invite plutôt à une réflexion personnelle. Selon lui, nous avons tous mérités le sort des victimes. Moi je vous dis que si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous de même. Jésus ne dit pas qu'il n'existe aucun lien de cause à effet dans les drames évoqués dans ce passage, bien au contraire. De manière absolue, ces drames, qu'ils soient provoqués par des hommes sanguinaires ou par des circonstances indépendantes de la volonté humaine, sont la conséquence du mal. L'Apôtre Paul, dans Romains 3, où il compare Juifs et païens, arrive à cette conclusion du v. 10 : Il n'y a pas de juste, Pas même un seul. C'est aussi ce que Jésus veut dire. Nous sommes tous coupables, et le jugement nous guette.

 

 La réaction salutaire à laquelle Jésus nous invite, est la repentance. La repentance suppose que nous reconnaissions notre état de pécheur, que nous avons offensé Dieu et donc que nous avons mérité son juste jugement. Elle implique notre désir sincère d'obtenir le pardon de Dieu et de changer radicalement de vie. Le pardon de Dieu nous est alors acquis, car Jésus a donné sa vie à la place de la notre. Le jugement que nous méritions est tombé sur Lui. Avec le pardon, Dieu nous accorde aussi le Saint-Esprit, par lequel nous sommes éclairés et conduits pour pouvoir vivre autrement, c'est-à-dire selon la pensée de Dieu. Sa Parole peut alors être la lampe à nos pieds et la lumière de notre sentier. (Psaume 119 v. 105)

 

Une autre question demeure

Des crimes aussi révoltants peuvent-ils rester sans réponse de la part des gouvernants ? Après les attentats qui ont frappé l'Amérique, la demande de vengeance est très forte. Même si le pire n'est pas toujours certain, il est possible que ce besoin de vengeance amène à des représailles dont les conséquences pour notre humanité pourraient être terribles.  Ce qui vient de se passer met en évidence deux idéologies qui s'affrontent. D'un côté c'est celui de notre monde occidental, profondément marqué par le judéo-christianisme et par la démocratie. De l'autre, celui, très conquérant, particulièrement depuis quelques décennies, de l'Islam, avec sa prétention à la théocratie. L'aspect religieux de ces deux idéologies ouvre la porte à bien des débordements et exagérations. On se réclame de Dieu, y compris pour commettre les pires atrocités.

 

La responsabilité du président Busch, de son gouvernement et de ceux des autres pays concernés par ce qui vient de se passer est énorme. Il est évident qu'une telle barbarie ne peut rester sans réponse. Il est de la responsabilité des gouvernants de veiller au bien-être, à la tranquillité, à la paix de ceux dont ils ont la responsabilité. Les passages de Romains 13, comme aussi ce qu'écrit l'Apôtre Pierre dans I Pierre 2 v. 13 à 17 nous indiquent que les gouvernants sont chargés de ce service de la part de Dieu. Ceci ne signifie aucunement qu'ils agissent toujours comme ils le doivent.  Ils sont aussi capables d'agir mal, avec un discernement erroné ou insuffisant. Ils peuvent aussi détourner ce qui leur est confié pour assouvir des penchants égoïstes ou inavouables.

 

Selon l'enseignement des Écritures, si notre soumission doit être en premier lieu à Dieu et non aux hommes, fussent-ils investi du pouvoir de gouverner, ( Actes 4 v. 19 & 20) nous avons la responsabilité de prier pour eux. Dans I Tim. 2 v. 1 à 4, Paul, dans ses recommandations à Timothée, place cette intercession dans la perspective de notre vocation chrétienne. Nous devons prier pour ceux qui nous gouvernent, afin que nous puissions mener, à l'abri de toute violence et dans la paix, une vie qui exprime, dans tous ses aspects, notre attachement à Dieu et qui recommande le respect. (Bible du Semeur)

 

Sachons cependant que le véritable jugement, juste et approprié appartient à Dieu. Toute réponse humaine à l'injustice et la violence ne sera jamais qu'une réponse partielle ou partiale. Aucune injustice, aucune violence ne restera sans une réponse équitable de la part de Dieu. Mais Il ne règle pas toujours les comptes tout de suite. Pour les victimes sous les décombres américaines, comme pour toutes les victimes de la méchanceté, de l'injustice et de l'égoïsme humain, il est important de savoir que Dieu ne laissera pas le mal impuni. Il y aura un jour où tous les hommes auront à rendre compte de leurs actions, bonnes ou mauvaises. Le seul moyen d'échapper à ce terrible jugement, consiste à se laisser juger par Dieu par son Esprit, et de s'en remettre au pardon qui découle de la croix où Christ est mort pour nous.

 

Ce qui se passe sous nos yeux nous rapproche incontestablement du jour du jugement divin. C'est le moment de prendre conscience de la nécessité de la repentance et de la prière.

                                                                 

P. GEISER