Ne savez-vous
pas que ceux qui courent ...
« Ne
savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu'un seul
remporte le prix ? Courez de manière à le remporter. Tous ceux qui
combattent s'imposent toute espèce d'abstinences, et ils le font pour obtenir
une couronne corruptible; mais nous, faisons-le pour une couronne
incorruptible. » (1 corinthiens 9, 24-25)
Je dois avouer que j’éprouve une certaine
passion pour le football. Plus jeune, j’ai moi-même « tapé dans le
ballon » à mon modeste niveau. Les anciens se souviennent de cette époque
où chaque année, nous rendions visite aux amis de l’Église Libre de Gaubert.
Après le culte, nous partagions un repas champêtre. La journée était animée de
chants, jeux et sujets bibliques à débattre. C’était un moment fort d’échange
entre nos deux Églises.
Nous disputions aussi un match entre nous.
L’événement sportif n’était pas de portée nationale mais il laissait dans nos
cœurs un sentiment d’amitié fraternelle.
La coupe du monde de football est repartie
depuis plusieurs jours. C’est tout autre chose. Les « Bleus » qui
remettaient leur titre en jeu viennent d’être éliminés dès le premier tour. Les
mêmes qui auparavant avaient été adulés, sont aujourd’hui critiqués. Ils ne trouvent
plus grâce auprès de la presse visuelle et écrite qui avait consacré sur eux de
nombreux articles et images élogieux. Les sponsors et les entreprises qui
espéraient beaucoup et avaient misé gros sur leur succès, déchantent. La
publicité était présente partout à commencer par le quartier de la Défense où
l’image de l’un des joueurs Marcel Desailly étaient affichée sur toute la
façade d’une tour. La population en avait fait son principal sujet de
conversation : les uns, fervents supporters, les autres passifs ou franchement
mécontents. Mais le sujet ne laissait pas indifférent. Enjeux financiers,
passion footbalistique … tout se confondait. L’évènement avait mis au second
rang toutes autres nouvelles.
Il y a bien sûr des éléments positifs non
négligeables : le fait que les peuples se retrouvent ensemble met ainsi un
frein aux thèses nationalistes et xénophobes qui hélas prennent de l’ampleur.
Mais en même temps, je suis affligé de voir tant d’engouements, tant de
colossales sommes d’argent mises en jeu alors qu’au même moment, la F.A.O.
(Organisation mondiale contre la faim dans le monde) se réunissait à Rome. On y
apprend que plus de 800 millions de personnes souffrent de malnutrition, que
dans certaines villes d’Angola, il n’y a plus d’enfants de moins de cinq ans.
Tous sont morts de la faim ou de la rougeole.
Plus près de nous, sans chercher très loin,
il y a tant de misère, tant d’exclusions, tant de personnes dans la détresse
qui auraient bien besoin de soutiens financiers et moraux. Ces causes sont
souvent malheureusement à l’origine de montée de violence, de délinquance dans
les cités.
On s’imagine qu’un tel événement sportif, que
les résultats de nos champions, suffiront à montrer l’exemple de la réussite.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : dès notre plus jeune âge, que ce
soit la période de la scolarisation, de la vie professionnelle et active, nous
sommes conditionnés pour devenir des champions et tant pis pour celui qui ne
s’intègre pas dans le système. C’est la loi du plus fort qui prime.
L’apôtre Paul avait lui, une toute autre
démarche.
Quand il s’adressa aux membres de l’Église de
Corinthe, il s’inspira de la comparaison avec les athlètes. Les Grecs avaient
des traditions culturelles, intellectuelles mais aussi sportives très avancées
qui furent à l’origine des jeux olympiques d’aujourd’hui.
Les Corinthiens étaient fiers de leur Église,
du nombre croissant de fidèles, de leurs prédicateurs mais ils avaient ce
défaut du « culte de la personnalité », ce désir d’être les
meilleurs, de tout vouloir expliquer et par leur vanité ainsi exprimée, ils
n’étaient plus de fidèles disciples de Christ.
Il leur explique que pour que les athlètes
parviennent au meilleur niveau, il leur faut beaucoup de travail, d’abstinence
pour qu’ « un seul remporte le prix » et pour « une
couronne corruptible seulement ».
Les Corinthiens étaient familiers des courses
dans les stades, où seulement un coureur, le vainqueur, recevait une couronne
qui était tressée avec des aiguilles de pin. Mais cette couronne était
corruptible c’est-à-dire fragile et de courte durée.
Nous connaissons les mérites de Paul, ce
travailleur exemplaire, infatigable, empli d’humilité au service de notre
Seigneur.
Il les invite à courir tous ensemble pour une
« couronne incorruptible », une couronne qui ne fane pas. Il les
encourage à demeurer simples et unis, sans esprit de supériorité, tout
simplement pour annoncer l’Évangile afin que les hommes soient réconciliés avec
Dieu. C’est dans la simple humilité du serviteur que se trouve la profondeur de
la foi.
Soyons de bons et fidèles disciples en nous
édifiant dans la charité.
Nous sommes appelés à nous aimer les uns les
autres, à ce qu’il n’y ait pas de sujets de discorde entre nous. Recherchons ce
qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle par nos actes et nos
paroles.
Prions les uns pour les autres et pour le monde
entier, recherchons les occasions de nous rassembler pour approfondir notre foi
et fortifier notre engagement au service du règne de Dieu.
Dieu bénira nos efforts en nous donnant la
joie et la persévérance pour sa gloire.
Serge WARIN
Messager, juin 2002