Ce que l’Eternel demande de toi,

c’est que tu pratiques la justice…( Michée 6.8 )

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Cette injonction du prophète Michée peut nous laisser perplexes : « pratique la justice ».

 

En effet, si dans la vie quotidienne nous pouvons avoir des sentiments d’injustice pour les autres ou pour soi-même, il nous manque bien souvent ce à quoi semble faire référence le prophète, non pas d’abord ma justice vue à travers ma sensibilité, non pas la justice des hommes, mais la justice vue de Dieu.

Ainsi, comment puis-je malgré ma faiblesse et ma simple condition humaine comprendre et pratiquer la justice divine ? Penser la justice des hommes amène d’abord à questionner la justice de Dieu.

 

I / Premièrement donc, qu’est-ce que la justice de Dieu ?

 

Elle est ce qui traverse les Ecritures et qui trouve son accomplissement dans la mort et la résurrection de Jésus.

L’apôtre Paul n’a de cesse de le dire dans toutes ses lettres : nous qui subissions et assumions la rupture originelle d’avec Dieu, nous qui voulions faire le bien conformément à la Loi sans en être capables, nous qui ne valions pas mieux que Sodome et Gomorrhe détruites par le jugement divin, nous qui n’étions rien nous sommes devenus tout pour Dieu, car Il a donné son Fils pour nous sauver de sa justice et de son jugement.

Ainsi, c’est par pure grâce qu’Il nous ramène à Lui par Jésus. En effet, Christ assume notre faiblesse et nos fautes : en laissant souffrir son Fils sur la croix, Dieu réalise un jugement et condamne nos fautes ; en le ressuscitant, Dieu nous ramène près de Lui et nous pardonne définitivement.

Rendons-nous compte de cette chose extraordinaire : Dieu nous a rendu justes à ses yeux, définitivement, et par pure grâce. Il a rétabli de sa propre initiative la relation que nous avions rompue avec Lui, en faisant en sorte que nous croyions en Christ.

La foi en Christ qu’Il nous donne, c’est le moyen qu’Il a choisi de nous rendre justes selon ses vues : c’est ce que confirme Paul dans sa lettre aux Romains, « l’Evangile … révèle la justice de Dieu par la foi et pour la foi » (Ro 1.16-17), en conformité avec ce que pressentait le prophète Habakuk, « le juste vivra par la foi » (Ha 2.4).

 

Cependant, la justice de Dieu a une suite et ne se limite pas à notre justification existentielle. En effet, nous devons aimer Dieu, mais nous devons aussi aimer notre prochain. Bien plus, aimer Dieu, c’est aimer notre prochain, sinon la foi est une illusion.

Dès lors, la question de la justice des hommes se pose à la suite de la question de la justice de Dieu.

 

II / Deuxièmement donc, qu’est-ce que la justice des hommes ?

 

La foi ne nous suffit pas aux yeux de Dieu. Il y manque l’âpreté de la condition humaine et du travail quotidien. En effet, dans sa lettre, Jacques nous rappelle que « la foi sans les œuvres est inutile » (Ja 2.20), en ce que « l’homme est justifié par les œuvres, et non par la foi  seulement » (Ja 2.24).

C’est ce que veut aussi dire Michée dans son injonction de pratiquer la justice. Pratiquer la justice de Dieu, c’est reconnaître qu’il nous a justifiés, mais c’est aussi voir avec Ses yeux les souffrances des malheureux et tenter de lutter contre elles avec eux. Très concrètement, c’est observer les injustices sociales, analyser leurs causes structurelles, et vouloir les dépasser. N’est-ce pas ce que nous dit le prophète Amos lorsqu’il constate l’injustice de son époque : « ils violent le droit des malheureux » ? (Amos 2.6)

Ainsi, de même que Dieu a veillé à notre justice en nous sauvant, de la même façon nous devons veiller à la justice des hommes. C’est le devoir de tout chrétien : aimons-nous les uns les autres comme Dieu nous a aimés au point de donner son Fils en sacrifice.

 

Chers frères et sœurs, le temps est court et le pauvre se meurt. Nous nous devons d’agir à la mesure de nos moyens pour lutter contre l’injustice sociale. En effet, comme le disait Martin Luther King dans un des ses sermons : « L'Evangile bien compris intéresse la totalité de l'homme, non seulement son âme mais aussi son corps, non seulement son bien-être spirituel mais aussi son bien-être matériel. Une religion qui s'affirme concernée par les âmes des hommes et qui ne l'est pas également par les bidonvilles qui les damnent, les conditions économiques qui les étranglent et les situations sociales qui les paralysent, n'est qu'une religion spirituellement moribonde. »

 

Aimons-nous les uns les autres comme Dieu nous a aimés, pratiquons la justice et annonçons la bonne nouvelle aux pauvres !

Jean Alvarez